Déchaîné, il a couru tout de rouge vêtu vers le virage qu’occupaient les supporters bavarois. En marquant à la 89ème minute, Arjen Robben a définitivement fait basculer la victoire (2:1) dans le camp du Bayern Munich. Auparavant, les spectateurs de Wembley ont pu assister à une finale de Ligue des champions de l’UEFA enlevée, dynamique et souvent passionnante. L’espace d’un instant, l’international néerlandais a laissé éclater sa joie mais aussi sa rage. L’œil humide, celui que l’on croyait maudit n’a pas boudé son bonheur à l’heure de son plus grand triomphe.
Pour beaucoup, Robben était encore l’homme du penalty raté contre Chelsea, en prolongation de la finale de la Ligue des champions de l’UEFA 2012. Cette fois, l’ailier du Bayern est dans le camp des vainqueurs. “Cette victoire signifie énormément pour moi. J’éprouve tant de choses que je n’ai pas encore pris la mesure de cet événement”, confiait l’intéressé à l’issue de cette confrontation 100%allemande face au Borussia Dortmund. “Plusieurs personnes m’avaient annoncé que je marquerai ce but.” Son rêve de revanche s’est réalisé.
Deux actions qui changent tout
Pendant longtemps, le soliste du Bayern a bien cru que Wembley ne lui réussirait pas davantage que l’Allianz Arena l’année dernière. En effet, Robben a souvent buté sur la défense de Dortmund. Les images de la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 2010™ à Soccer City ont sans doute aussi défilé dans sa tête. Alors que l’Espagne et les Pays-Bas étaient encore à égalité, il s’était présenté en un contre un face à Iker Casillas… et avait échoué. De quoi faire de lui un joueur maudit, toujours malheureux dans les grandes occasions.
En deux actions, le Néerlandais a tordu le cou à cette réputation. Au terme d’un magnifique mouvement collectif initié à l’heure de jeu par Franck Ribéry, Robben a servi avec justesse Mario Mandzukic pour l’ouverture du score. Un peu plus tard, alors que les 86 298 spectateurs se préparaient déjà à vivre une demi-heure de spectacle supplémentaire, le Batave s’est infiltré dans le dos de la défense du BVB. Cette fois, il n’a pas perdu son duel face à Roman Weidenfeller.
L’homme aux 66 sélections n’est sans doute pas près d’oublier ce moment. Brillant mais trop rarement décisif dans les finales, Robben est enfin devenu un gagnant. “C’était un match très éprouvant pour moi car je l’ai joué plusieurs fois dans ma tête avant d’entrer sur la pelouse”, a-t-il reconnu lors de la conférence de presse qui a suivi la finale. “C’est un rêve qui se réalise. J’ai encore du mal à y croire.”
Le président d’honneur du Bayern, Franz Beckenbauer, a parfaitement résumé la soirée : “Dortmund ne nous a pas laissé jouer. Le Bayern a parfois semblé perplexe. Le fait que nous ayons tout de même gagné en dit long sur nos qualités. Robben a manqué trois occasions franches. Je commençais à désespérer quand il a marqué ce but exceptionnel. C’est un signe du destin !”
Le numéro 10 bavarois a souvent été critiqué cette saison. On lui a reproché son égoïsme devant le but adverse. Ses blessures à répétition ont agacé certains. D’autres encore ont souligné qu’il était rarement décisif dans les moments-clés. Depuis ce 25 mai, tout est oublié. Arjen Robben est devenu le héros de tout un club.
Heynckes et la génération dorée
La victoire du Bayern en finale marque également le premier sacre européen de deux grandes figures du football bavarois. Avec une grande fierté, le capitaine Philipp Lahm savourait après coup : “Je dis toujours qu’il faut gagner des titres si l’on veut s’imposer dans l’histoire d’un club. Cela fait 16 ans que je joue avec Bastian Schweinsteiger. Nous nous sommes connus au centre de formation. C’est magnifique de fêter ce titre ensemble”.
Les joueurs du Bayern ont également rendu un hommage appuyé à à Jupp Heynckes. Le club des bords de l’Isar compte désormais cinq sacres européens à son palmarès, autant que Liverpool. Il occupe la troisième place du classement historique, derrière le Real Madrid (9 titres) et l’AC Milan (7). À 68 ans, le technicien allemand est devenu le quatrième entraîneur à remporter cette compétition avec deux clubs différents.
Ses prédécesseurs ont pour noms Ernst Happel (Feyenoord Rotterdam en 1970 et Hambourg en 1983), Ottmar Hitzfeld (Borussia Dortmund en 1997 et Bayern Munich en 2001) et José Mourinho (FC Porto en 2004 et Inter Milan en 2010). Heynckes s’était adjugé son premier titre de champion d’Europe en 1998 avec le Real Madrid, en battant la Juventus en finale. Jürgen Klopp, son adversaire malheureux, a salué sa victoire avec élégance : “Je félicite Jupp de tout mon cœur !”